07.05.2007

« Pour une gauche décomplexée »

Interview de Michaël MOGLIA

Membre du Conseil national

Co-animateur du CSPRG

 
 

Que t’inspirent les résultats du second tour ?


Beaucoup de tristesse et d’amertume, de tristesse d’abord en pensant à celles et ceux qui souffrent depuis tant d’années de la politique menée par la droite et qui vont être les premières victimes de celle que mènera Nicolas Sarkozy.

Amertume ensuite parce que cette élection, nous ne pouvions pas la perdre. Jamais, nous n’avons eu une droite aussi dure et réactionnaire. Le bilan des gouvernements Raffarin et Villepin est catastrophique à tout point de vue.  

Pourquoi alors la gauche a t-elle perdu ces élections ?

Notre candidate nous a demandé toute liberté d’action, ce qu’elle a eu. Elle a choisi, très souvent de manière déconcertante d’ailleurs, la stratégie à suivre, stratégie qui nous a mené à la défaite que nous connaissons.

Il lui revient de faire l’analyse et de tenter d’expliquer pourquoi l’échec est aussi cuisant. Pour pouvoir mener ce travail d’analyse, il faudrait d’abord qu’elle réalise que nous avons perdu. Au vu des images télévisées qui ont suivi l’annonce des résultats, je ne suis pas certain qu’elle en ait pris conscience.
 
Beaucoup ont été surpris, justement, par son attitude hier soir, comment l’interprètes-tu ?

Je ne sais pas si cette attitude correspond à cette nouvelle façon de faire de la politique qu’elle a tant défendue mais j’ai trouvé cela, pour ma part, décalé. La défaite est lourde, sévère, cruelle pour les plus faibles. Il n’y avait donc aucune raison de sourire en tenant des propos qui, il faut bien le dire, n’étaient pas à la hauteur de l’événement. Si l’on pense réellement ce qu’elle a répété ces derniers jours que « Sarkozy est une menace pour la République » alors, la situation exigeait un peu plus de gravité.

En ce qui te concerne, quelles sont, pour toi, les raisons de la défaite ?

Les raisons sont nombreuses, celles qui touchent d’abord à la stratégie. Incapacité à rassembler son parti, incapacité à rassembler les électeurs de la gauche en pratiquant « la danse du centre », incapacité encore à créer une dynamique d’entre deux tours.
Les raisons de fonds ensuite. Sous couvert de modernité, Ségolène Royal, a défendu des thèmes inhabituellement défendus avec tant d’ardeur à gauche (l’encadrement militaire, la réhabilitation de la valeur travail, l’ordre juste, la stratégie du gagnant –gagnant, l’immigration au cas par cas..). Ségolène Royal a, à sa manière, participé à la droitisation de cette campagne comme Lionel Jospin, sur les questions de sécurité, l’avait fait en 2002. Et comme d’habitude, à force de vouloir séduire sur sa droite, on perd sa gauche sans pour autant gagner une seule voix de l’autre côté.

Comment envisages-tu l’avenir du parti socialiste ?

Il faut d’abord et de toute urgence que le Premier secrétaire retrouve toute son autorité. Notre parti a, à travers lui, été trop souvent méprisé durant cette campagne.

Au nom de la liberté de la candidate, le parti a laissé dénaturer son projet ; de la généralisation des 35 heures, nous sommes passés à une vague discussion avec les partenaires sociaux, de l’abrogation des Lois Fillon à une simple remise à plat, d’autres réponses ou propositions comme celles relatives à notre politique énergétique, à l’immigration ou encore à l’Europe, ont été soit vidées de leur sens, soit édulcorées.

Sur la question des alliances, le parti a, là aussi, été méprisé et placé devant le fait accompli puisqu’elle décidât, seule, l’entrée possible de ministres UDF dans un futur gouvernement allant jusqu’à envisager publiquement de nommer François Bayrou, Premier ministre.

Alors selon toi, il suffirait de redonner toute son autorité au premier secrétaire ?

C’est un préalable. A quoi sert le parti socialiste, à quoi sert le collectif si chacun est libre, sitôt désigné, de faire ce que bon lui semble ?

Si l’attitude d’Eric Besson, les attaques de Claude Allègre ou les déclarations concernant l’alliance avec le centre de Bernard Kouchner ou Michel Rocard trois jours avant le premier tour, témoignent bien du peu d’intérêt qu’ils portent au collectif, cela montre aussi que notre parti aujourd’hui, dans son fonctionnement, rencontre de graves problèmes qu’il aura à régler rapidement.
 

Quelles sont pour toi désormais les trois priorités ?

L’actualité maintenant, c’est de gagner les élections législatives. Pour cela, il ne faut pas reproduire localement les erreurs de la campagne présidentielle. Il faut se présenter aux électeurs en tenant un discours clairement de gauche. C’est la seule stratégie gagnante. L’attitude de celles et ceux qui ont déjà acté la défaite est indécente. Il faut qu’il y ait un véritable contre-pouvoir, cela passe par l’élection d’un maximum de députés. Il faut ensuite faire le bilan de la campagne sans tabou, sans langue de bois, en évitant qu’une nouvelle chape de plomb s’abatte sur le parti.

Le bilan du 21 avril 2002 n’a pas été permis, pas plus que celui de la victoire du Non qui a vu, le 29 mai 2005, le PS en décalage avec les deux tiers de son électorat. Aurons-nous, cette fois-ci, le courage de mener l’analyse à son terme ? Ce travail sera d’autant plus difficile que les rénovateurs d’hier, ceux qui depuis le congrès de Dijon incarnaient un espoir de changement au sein du PS, ont pour la plupart abandonné le combat, menant une campagne jusque-boutiste bien souvent en décalage avec ce qu’ils défendaient il y a encore quelques mois.

Il faut enfin rassembler au plus vite toute la gauche sur des bases clairement redéfinies. Cela passe par la création d’un parti de gauche, redonnant espoir à notre électorat, un parti décomplexé qui n’ait d’autre but que de changer la vie.

 


Retrouvez l’interview sur le site du Collectif des socialistes pour le rassemblement de la gauche : http://csprg.hautetfort.com/